Mardi 23 février 2010

La faute au péché originel ?



Wikipédia recense, en Afrique, 67 coups d'État entre celui de 1952 en Égypte et celui de février 2010 au Niger. Trente-six de ces coups d'État concernent les anciennes colonies françaises, chiffre qui augmenterait encore si on y associe les six autres changements extraconstitutionnels qui ont affecté les anciennes possessions belges, un autre empire colonial francophone. Depuis la chute du Mur de Berlin, en 1989, sur les vingt coups d'État recensés, quatorze encore se passèrent dans les anciennes colonies françaises.

Ce sont là des faits bruts, des données objectives. Ce qu'il faut en conclure relève d'une analyse précautionneuse, à la lumière des trajectoires personnelles (fissure du monolithe avec la mort de Félix Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire) , du contexte particulier de chaque État (les "sultans batailleurs" aux Comores), de la situation éventuellement d'une région (les anciennes AOF et AEF, par exemple), de l'incidence des enjeux pétroliers (Côte d'Ivoire), de l'émergence de nouvelles puissances sous-régionales (interventionnisme de la Libye au Tchad), etc..

Mais, tout de même, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur l'échec de la décolonisation par la France (les événements de 1947 à Madagascar, la guerre d'Algérie, voire, cette fois en Asie, la guerre d'Indochine). Relève indigène mal assurée, sans doute parce que les calculs contre une ancienne "hégémonie" précoloniale l'emportèrent sur le souci d'efficacité en pérennisant sans états d'âme la tradition administrative d'une structure étatique existant avant la colonisation. Paternalisme postcolonial qui fit la fortune d'un nouveau vocable, le "néocolonialisme". Interventionnisme vigilent à l'origine d'une autre expression tout aussi heureuse, la "Françafrique".

On remarquera que si les leaders anglophones se sont illustrés en s'appropriant la logique de l'Indirect Rule britannique, les francophones, à l'exception notable du seul Sékou Touré en Guinée, semblent s'attacher à une certaine forme de "collaboration", dont l'exemple le plus caractéristique fut le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Sur le registre nationaliste, donc indépendantiste, s'illustrèrent les Anglophones : l'Égyptien Gamal Abdel Nasser, le Ghanéen Kwame Nkrumah, le Tanzanien Julius Nyerere, le Zambien Kenneth Kaunda, voire l'Angolais, donc lusophone, Agostinho Neto.

On dit des Britanniques qu'ils se préoccupent des meilleures conditions de leur départ, avant même qu'ils ne s'implantent. Gardons-nous de conclure hâtivement avant d'avoir minutieusement comparé les cas du subcontinent indien et du Soudan, d'une part, ceux de l'Indochine et de l'Algérie, d'autre part. Les Africains eux-mêmes, alors que nombre d'anciennes colonies françaises s'apprêtent à commémorer le cinquantenaire de leur indépendance, ne peuvent être exonérés des conséquences de leurs choix, souvent catastrophiques : anglophones ou francophones, les nouveaux États africains connurent indifféremment une vague de coups d'État et une situation d'instabilité chronique, dans la foulée des indépendances. C'est faute d'ambition que, lors des cinquante dernières années, les Africains n'ont pas su corriger les erreurs commises par le colonisateur. A moins de se résigner au concept de "péché originel"…

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