Le colonel Kadhafi n'est plus président de l'Union africaine. Le 14e sommet des chefs d'État, le 31 janvier, a entériné la désignation du président du Malawi, Bingu Wa Mutharika, proposé par la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), selon une règle tacite de rotation régionale de la présidence en exercice de l'UA.
Après son discours, Kadhafi est sorti de la salle, suivi par des "chefs traditionnels". Il y a quelques mois, en effet, le colonel Kadhafi avait convié à Tripoli, Libye, les "chefs traditionnels, princes et rois" d'Afrique. L'opinion s'était alors gaussée de ses velléités de se faire consacrer "roi des rois". Une délégation malgache avait répondu à cette invitation et ses représentants avaient, à leur retour au pays, convoqué une réunion avec les "Andriana" (grosso modo le groupe nobiliaire) pour un compte-rendu. Présent ce jour-là, je remarquais que l'assistance était surtout obnubilée par la perspective d'un budget qu'aurait promis le colonel Kadhafi. Oubliant les questions essentielles des objectifs d'une telle initiative, des contreparties éventuelles, de l'opportunité de pareille allégeance, etc.
Dans son discours d'adieu, le colonel Kadhafi stigmatisa l'inutilité du poste de président de l'Union africaine. Il lui aura fallu un an de mandat, et la déconfiture d'une reconduction refusée, pour s'en rendre compte. Son idée de créer une structure parallèle, "traditionnelle", viserait-elle à pérenniser un leadership que lui contestent ses pairs chefs d'État ? Doit-on y accorder quelque crédit ou la mettre sur le compte d'un énième caprice du président libyen, célèbre pour ses exigences extravagantes et son souci évident qu'on continue de parler de lui, en bien comme en mal ?
Si les préoccupations du colonel Kadhafi demeurent mystérieuses, par contre, d'éventuelles ambitions géostratégiques du dirigeant libyen peuvent se heurter à la vénalité bassement pécuniaire des chefs traditionnels en question. Une autre question concerne forcément la légitimité, sinon la représentativité, desdits "chefs traditionnels". Le soupçon d'autoproclamation n'est pas loin discréditant, une nouvelle fois, les descendants des anciens patriciens égarés dans de pathétiques querelles d'honneur. Enfin, quand on apprend qu'un de ces "chefs traditionnels", un chef de tribu ivoirienne, a pu prendre la parole devant un parterre de chefs d'État, disons "modernes", on reste dubitatif quant au sérieux et à la rigueur des procédures en vigueur au sein de l'Union Africaine. Quand le colonel Kadhafi parle d'inutilité de la fonction de président, il voulait sans doute évoquer cette insoutenable légèreté de toute l'organisation.