Jeudi 4 mars 2010

L'assistanat a tué le bon sens



Un journal français avait trop justement posé la question : "Comment, au 21ème siècle, est-il possible que des gens meurent noyés dans leur propre maison ?". Quelques jours plus tard, le président français, Nicolas Sarkozy, rendant visite aux communes sinistrées par le passage de la tempête Xynthia, s'exclama qu'il est bon de vivre dans un pays dont les agents de la compagnie d'électricité ont pu rétablir le courant auprès d'un million d'usagers en quelques jours. Tout le paradoxe des Occidentaux en général, de cette France de nos journaux télévisés en particulier, réside dans cette satisfaction incrédule.


Optimisant la technologie des civilisations chinoises, égyptiennes, indiennes, arabes, les Européens ont acquis une avance décisive leur offrant la capacité de projection des "grandes découvertes". Depuis, les Christophe Colomb, les Fernand de Magellan, les Vasco de Gama, voilà cinq siècles, le reste du monde fonctionne autour de l'Occident. La démocratie parlementaire, la rationalisation de l'industrie, le perfectionnement du système bancaire, l'économie de marché, la médecine scientifique, l'enseignement universel, la haute technologie : c'est d'abord à l'Europe et à l'Occident qu'on les doit. Les Occidentaux ont donc cotisé  pour se faire aujourd'hui assister.


Un service météorologique hautement performant avait annoncé la forte tempête deux jours avant qu'elle n'atteigne les communes concernées. C'est le simple bon sens que bafouent ceux qui s'en remettent à une décision préfectorale d'évacuation massive plutôt que de s'assumer. Ces sociétés, qui avaient su mobiliser les ressources matérielles et pu produire de navigateurs intrépides pour partir à la conquête du monde, sont aujourd'hui promptes à recourir à des "cellules psychologiques". Le mot de "traumatisme" est celui qui revient le plus souvent : "traumatisées", ces familles qui attendent vainement à Roissy cet avion qui a disparu au-dessus de l'Atlantique ; "traumatisés", les enfants rescapés des inondations tandis que leurs petits voisins sont morts ; "traumatisés" les témoins de l'exécution d'un preneur d'otages.
Après la tempête, il sera question des assurances et, plus tard, d'éventuels recours judiciaires parce qu'il faut obtenir un autre maître-mot, "la vérité". Un deuil qui serait impossible sans la "vérité" : qu'est-il arrivé à cet oncle spéléologue rattrapé par une brusque montée des eaux ? comment est mort ce cousin amateur de ski hors-piste et englouti par une avalanche ? et cette fille tuée par une bombe terroriste en plein bazar du Caire ?


Mais, à qui la faute quand on achète un terrain ou une maison en zone inondable : au Maire ? Au Préfet ? Au Président de la République ? Habiter en bord de mer, mais à quatre mètres au-dessous du niveau des eaux : c'est le bon sens, malheureusement émoussé par le politiquement correct, qui aurait dû se hérisser ! Alors, plutôt que de s'inventer des boucs émissaires, peut-être d'abord se remettre personnellement en cause. Une humilité individuelle préalable à la thérapie d'une civilisation en fin de cycle, entrée en décadence après tant de grandeur.

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