Mardi 15 décembre 2009

"Ho an'ny tanindrazana"



Le 17 mars 2009, Hyppolite Ramaroson, qui n'était pas encore vice-amiral d'escadre, héritait d'un pouvoir abandonné par Marc Ravalomanana. Quelques heures plus tard, dans une cohue indescriptible provoquée par certains militaires qui ne sont pas l'Armée, l'amiral signa le transfert des pouvoirs à Andry Rajoelina. Devant ses cadets, l'amiral protesta de sa bonne foi, jurant n'avoir jamais nourri de velléité de prendre le pouvoir.


Première semaine de décembre 2009, le même officier général se dit prêt à assumer la direction du Gouvernement. Pourquoi le Directoire, que tout le monde, ou presque, souhaitait pour mettre fin à l'anarchie de type 26 janvier 2009, serait-il acceptable aujourd'hui alors que tous les arguments s'opposaient à son principe même, voilà seulement dix mois ?


Et si ces réunions de chefs militaires n'engageaient qu'eux-mêmes sans l'adhésion d'une armée qui compte également sa "majorité silencieuse" : foncièrement légaliste, respectueuse de la hiérarchie, pointilleuse sur la discipline, désireuse d'une image plus professionnelle, fière d'être le rempart de l'ordre véritable, celui de la stabilité, de l'ordre public, de la sécurité des biens et des personnes ? "Un Chef, un objectif, des moyens" apprend-on au service national. Qui est le Chef de l'armée malgache ? Cette armée a-t-elle seulement un Chef ?


Quand on voit un groupe d'officiers proches de la Présidence proclamer une chose, et un autre officier, major de sa promotion à l'Académie militaire, mettre les points sur les "i", on se demande où sont passées les résolutions des assises militaires. Le malaise est sans doute trop profond désormais, pour guérir de simples onguents de bons offices. Seulement, la pire des hypothèses serait un affrontement fratricide et l'implosion d'une institution dont on se souvient qu'elle fut le recours républicain en 1972.


Le déplorable spectacle de ces sous-officiers rabrouant un vice-amiral, ministre de la Défense, outre d'avoir laissé beaucoup d'amertume, a créé un précédent vicieux. C'est sur cette ligne de fracture qu'un Chef, un vrai, devra évoluer en équilibriste : pour la patrie, "Ho an'ny Tanindrazana".

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