Mardi 6 avril 2010

50 ans : gâchis ou malentendu ?



En Afrique et dans l'Océan Indien, quatorze anciennes colonies françaises accédaient à l'indépendance au cours de l'année 1960. Parmi eux, Madagascar retrouvait une indépendance qu'avait déjà l'Etat malgache reconnu par la communauté internationale par différents actes diplomatiques entre 1823 et 1885. Voilà cinquante ans, en Afrique, le débat était alors d'accepter une "indépendance octroyée" ou de ravir sa liberté, une ligne de front entre "Houphouëttistes" et "Lumumbistes". Clivage parfaitement ignoré des générations contemporaines et oublié par les commémorateurs du cinquantenaire. De nos jours, la grande question existentielle concerne l'immense gâchis qu'aura été ces cinquante dernières années : gabegie politique, faillite économique, décadence morale, appauvrissement intellectuel, formatage culturel.

C'est ainsi que le président français Nicolas Sarkozy, dans son célèbre discours de Dakar (Sénégal), en 2007, pouvait dire : "Le colonisateur a pris mais il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir". C'est ainsi également qu'à propos du maréchal Lyautey, "créateur du protectorat français au Maroc", un thuriféraire avait pu déclamer, se référant à Casablanca : "Le général Lyautey avait trouvé une ville en pisé et en tôle ondulée ; il la laissa dix ans après en béton et en marbre".

C'est ainsi, encore, que Victor Hugo, dans un discours du 18 mai 1879, à l’occasion du banquet commémorant l’abolition de l’esclavage, aurait prononcé ces mots inattendus : "La Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie. Le moment est venu de dire à ce groupe illustre de nations : Unissez-vous ! allez au Sud. Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce monceau inerte et passif qui depuis six mille ans fait obstacle à la marche universelle. Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-là. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l’industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez , cultivez, colonisez, multipliez".

En 1960, dans ses colonies d'Afrique, la France aurait légué 16.000 écoles primaires, 350 établissements secondaires, 2.000 dispensaires, 600 maternités, 40 hôpitaux, 18.000 kilomètres de voies ferrées, 215.000 kilomètres de pistes, 50.000 kilomètres de routes bitumées, 63 ports et 196 aérodromes. Une voix qui faisait autorité sur cette économie coloniale, Jacques Marseille, vient justement de mourir le 4 mars 2010. On subodore qu'en 50 ans, les gouvernements d'Afrique et de Madagascar sont censés avoir été incapables de faire mieux. Pour Madagascar, par exemple, l'une des principales réalisations qu'on admet globalement au régime de Marc Ravalomanana serait la réhabilitation et la construction de plusieurs milliers de kilomètres de routes. Mais, combien de kilomètres, qui seraient toujours moindres que les réalisations de l'administration coloniale ? D'ailleurs, il semblerait que Madagascar ne compterait plus que 14.000 kms de routes praticables, moitié moins qu'en 1960… Alors, ces 50 ans : vrai gâchis ou malentendu de communication ?

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