Lundi 15 février 2010

Assécher la source des martyrs



Comme par hasard, une petite semaine après l'anniversaire de la date du 7 février 2009, et la promesse d'une "vérité" dans une enquête qui piétinait depuis un an, voilà que les premières inculpations sont lancées. Sans surprise, ce sont des partisans de l'ancien président Marc Ravalomanana qui sont recherchés et arrêtés.

Le doute est cependant permis. C'est ce que devait lever une enquête neutre, impartiale, objective, indépendante, voire internationale. A qui profitait la fusillade du 7 février 2009, sinon au mouvement de la Place du 13 mai et à ses meneurs qui, bravant l'interdit de marcher sur une "zone rouge", conduisirent la foule jusqu'aux abords du palais présidentiel d'Ambohitsorohitra ?

Depuis le 13 mai 1972, il y eut un 10 août 1991, et il fallait qu'il y ait un 7 février 2009. Le mouvement de 2009 s'essoufflait inexorablement, la foule diminuant à vue d'œil, et il fallait aux rhéteurs de la Place du 13 mai redonner de l'eau à leur moulin à paroles quitte à ce que soit de l'eau rouge sang. Dans cette foule inconsciente de n'être que de la chair à canon, se distinguèrent des volontaires kamikazes, bientôt canonisés martyrs de la révolution orange. Le premier geste du gouvernement de fait, issu des incidents du 17 mars 2009, fut d'ailleurs de leur ériger un monument.

Autant le cynisme des politiciens est lisible, prévisible, éculé, autant on ne cessera jamais de s'étonner que leur démagogie continue de susciter des vocations au martyre. Car, et il faut le dire, la marche sur Ambohitsorohitra, ce 7 février 2009, était une marche suicide. Le calcul était d'une simplicité implacable : soit la garde présidentielle défend le palais, et la révolution aura ses martyrs ; soit la garde se dérobe, et le palais présidentiel sera symboliquement investi. Faut-il un doctorat de bon sens pour comprendre un scénario aussi basique ? Dire que c'est avec des "citoyens" aussi facilement dupes qu'on prétend bâtir la démocratie à Madagascar.

La résistance morale de la "majorité silencieuse" dure depuis un an et elle vise surtout au "plus jamais ça". Plus jamais de prise de pouvoir par la rue, mais plus jamais non plus de monopole économique, plus jamais de verrouillage politique. Comment cette "majorité silencieuse", qui refuse de succomber dans le manichéisme dogmatique et qui s'interdit tout fanatisme, pourrait-elle éduquer le reste de la population à ne plus jamais s'immoler pour un quelconque Messie ?

Réagir sur cette article
Pseudo :
E-mail :
Commentaire :
» 06/04/2010 : 50 ans : gâchis ou malentendu ?

» 31/03/2010 : Objectif préalable

» 23/03/2010 : Nouvel An : le préalable des a priori

» 19/03/2010 : Nouvel An ou la tradition dans la modernité

» 13/03/2010 : D’Asaramanitra en Alahamady (1)

Pages     


Madaplus - Tous droits réservés